IPRÉDIS ÉDITION - FORMATION pour la SANTÉ
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HOMÉOPATHIE : CONTRIBUTION AU DÉBAT
HOMÉOPATHIE : CONTRIBUTION AU DÉBAT
Par le docteur Jean-Pierre RUASSE
Nutritionniste - endocrinologue

Depuis son invention par Samuel Hahnemann (1755 – 1843), l’Homéopathie n’a cessé d’être en butte à l’hostilité du système médical établi. En même temps que de recueillir l’assentiment reconnaissant d’un nombre de plus en plus important de malades, et même de professionnels de santé.
Avec des hauts et des bas, une certaine cohabitation avait fini par s’établir dans les faits et dans les esprits.
Les franches hostilités ont été relancées récemment par un groupe de médecins (dont certains dissimulés derrière un pseudonyme, ce qui peut laisser perplexe) dans une tribune publiée par « Le Figaro », où ils traitent l’homéopathie de charlatanisme et réclament, outre le déremboursement de ses médicaments par les organismes sociaux, l’interdiction d’exercice des confrères qui la pratiquent.
Au-delà de l’excessivité diffamatoire du propos (qui fait évidemment l’objet de diverses poursuites), et la forte probabilité que nombre de signataires sont tout à fait ignorants de quoi il retourne vraiment, ces attaquent doivent nous être l’occasion d’interroger à nouveaux frais des notions dont le sens s’est peut-être estompé dans l’esprit de certains.
Les reproches faits à l’Homéopathie sont de plusieurs ordres. On l’accuse en effet :
- de n’avoir pas de base scientifique validée
- de ne pas répondre aux exigences de l’evidence based medicine (EBM, médecine fondée sur les preuves), en ne faisant pas l’objet d’études cliniques randomisées en double aveugle versus placebo
- d’utiliser des médicaments qui ont subi de telles déconcentrations successives qu’ils ne contiennent plus de produit actif et n’ont donc plus d’action pharmacologique, leur efficacité ne relevant que de l’effet placebo
- d’être dangereuse par défaut, son utilisation en substitution de traitements conventionnels risquant de faire perdre au malade des chances de guérison.
Nous devons donc remettre sur le chantier quelques questions fondamentales :
- Qu’est-ce qu’une démarche scientifique ?
- Qu’est-ce que la médecine fondée sur les preuves ?
- Qu’est-ce que la médecine ?
- Qu’est-ce que l’Homéopathie ?
- Quelle est la place de l’Homéopathie dans la science et la médecine ?

QU’EST-CE QU’UNE DÉMARCHE SCIENTIFIQUE ?
Dès le début du VIIème siècle avant J.-C, les philosophes présocratiques ont décidé de « ne plus chercher ailleurs que dans la Nature l’explication des phénomènes naturels » (H. Reeves), fondant ainsi à la fois la science et la philosophie rationnelle.
En médecine, l’école hippocratique s’est libérée des mythes ésotériques et des rites divinatoires et exorcistes, en un mot de la pensée magique, pour se centrer là aussi sur des données de fait.
¦ Les sources de la connaissance
Tout raisonnement se basant sur des connaissances acquises (et non sur des idées innées comme le pensait Descartes), on peut distinguer trois types d’informations à l’origine de ces connaissances :
- l’information par « ouï-dire », dont Spinoza nous dit bien qu’elle est sans valeur de vérité. C’est le domaine de ce que l’on a appelé selon les époques des bobards, des bouteillons, des fausses nouvelles, du bourrage de crâne, aujourd’hui de ces « infox », ces « fake news », de ces « trolls » qui fleurissent impudemment sur les réseaux sociaux, et dont il faut évidemment se tenir soigneusement éloigné.
- l’information par l’observation. À la seule mais essentielle condition d’être menée de façon rigoureuse (indépendance et objectivité de l’observateur, méticulosité de l’observation et scrupulosité dans la collecte des résultats d’une éventuelle intervention), cette information empirique tient sa valeur de sa régulière répétition. Même si Hume (un des pères de l’empirisme, 1711-1776) a attiré notre attention sur le fait que cette suite de phénomènes récurrents n’implique nullement une chaîne de causalité. Les latins disaient qu’il ne faut pas confondre le post hoc (après que) avec le propter hoc (à cause de). Nous disons aujourd’hui qu’une corrélation (deux phénomènes qui évoluent ensemble) n’implique jamais obligatoirement une relation de cause à effet de l’un sur l’autre.
Les conclusions que l’on en tire ne sont jamais des certitudes, mais des probabilités.
- l’information par la causalité. À l’inverse de l’empirisme, c’est la recherche de la ou des causes des phénomènes observés qui, depuis Claude Bernard et sa découverte de la fonction glycogénique du foie, fonde la science médicale moderne. Car la liaison explicative de la cause et du phénomène devient alors une règle générale, qui aura vocation à s’appliquer toujours, d’une manière certaine, en tout temps et en tout lieu, pour autant que les conditions expérimentales resteront les mêmes. Ainsi les faits se trouvent-ils rattachés à des lois générales, voire à de grandes théories qui coordonnent l’ensemble.
¦ Une science évolutive
Mais s’en tenir là reviendrait à croire que la connaissance scientifique est figée, ce qui est évidemment faux.
N’oublions pas que la science est relative : elle procède par approximations successives, elle est essentiellement une “connaissance approchée” (Bachelard). Elle est évolutive, et repose sur la notion du perpétuel devenir des êtres et des choses, et de la connaissance que l’Homme peut en prendre.
Les “données acquises de la science” doivent être perpétuellement remises en cause. “C’est quand on perçoit les limites, les failles des logiques établies, que l’on ouvre les perspectives les plus fascinantes. Actuellement, les réalités qui sont derrière la physique quantique ou le développement de l’organisation en biologie, s’inscrivent contre les lois d’objectivation nécessaires pour qu’un ensemble statistique existe” (J. Trémolières).
La nécessaire rationalité ne doit pas être confondue avec un scientisme naïf qui se réduit en dogmatisme, dont les tenants, qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé, oublient ou feignent d’oublier, que « loin d’être un système de cadres rigides posés une fois pour toutes, la Raison, dans son application aux problèmes sans nombre que lui posent la nature et la vie, manifeste une souplesse singulière, une surprenante faculté d’adaptation aux circonstances, une ingéniosité inépuisable » (Roustan).
¦ Dans la vraie vie, le rationnel pur a ses limites
« Quand rien ne peut être retenu d’autre que ce que la science a prouvé, la dynamique de ce qui fait sens est enrayée », nous dit Isabelle Stenger, professeure de philosophie à l’Université de Bruxelles. Et Anne-Sophie Pic, cheffe multi-étoilée, écrit à propos de la biodynamie (une forme très élaborée d’agriculture biologique) qu’elle est : « presque ésotérique, mais je crois qu’il faut accepter de ne pas comprendre, et constater le résultat ».
Tout n’est pas mesurable : pas plus que la beauté d’une femme ne se résume à ses mensurations, la santé ou la maladie ne se réduisent à des paramètres biologiques. Un dicton de la diabétologie veut qu’on ne soigne pas un chiffre, mais un patient. Cela vaut pour tout individu, et aussi pour toute collectivité.
Pétrifiés dans leurs certitudes, nos modernes contempteurs font penser à la secte des Pythagoriciens. Malgré leurs brillantes découvertes, ils ont mal fini.
La vie n’est pas binaire : rien n’y est tout blanc ou tout noir. Il n’y a de certitude que sur les marges: en deçà de deux écarts-types à la moyenne, il faut comprendre que nous sommes dans divers plans d’incertitude, et trouver des interprétations sémantiques des niveaux de vérité (A. Kaufman), du genre “je suis sûr que”, “je crois bien que”, “il me semble que” (et le négatif en miroir, avec au milieu ce “je ne sais pas” qui fait si peur aux scientistes primaires et ... aux enseignants !).
Le principe d’identité (A est A, et pas non A) est largement battu en brèche dans les ensembles biologiques. “Toujours les opposés s’intriquent et sont frères, et chacun porte en soi un peu de son contraire”. Tous les systèmes endocrino-métaboliques (à commencer par les hormones sexuelles) nous le rappellent, de même que les maladies auto-immunes, et le Tai-chi des chinois le montre par l’image.
Nous premier devoir est la curiosité. Pierre Jaonnon nous a appris que « il n’y pas de probité sans curiosité, ni de curiosité sans amitié». La plus élémentaire des honnêtetés est celle qui nous enjoint de ne pas condamner sans bonne connaissance de ce que l’on juge.
Le sectaire croit qu’il a la science infuse, et que tous doivent se ranger sous sa bannière. Le véritable scientifique doute toujours de ce qu’il croit savoir, et est en écoute permanente de ce que l’autre peut lui apporter.

QU’EST-CE QUE LA MÉDECINE FONDÉE SUR LES PREUVES ?
Les détracteurs de l’homéopathie se prévalent de ce qu’elle n’entrerait pas dans le cadre de la « médecine fondée sur les preuves » et qu’ainsi, n’ayant pas prouvé son efficacité dans des essais cliniques choisis en double aveugle contre placebo, elle pouvait être réputée inefficace. C’est aller vite en besogne et, pour en avoir le cœur net, allons voir dans une source parfaitement officielle, la Bibliothèque interuniversitaire de santé, ce qu’il en est réellement de cette « médecine fondée sur les preuves ».
Le texte complet, accompagné d’une importante bibliographie se trouve à l’adresse :
http://www.biusante.parisdescartes.fr/ressources/pdf/medecine-formation-ebm-tutoriel-biusante.pdf
J’en ai tiré les extraits suivants.

La médecine fondée sur des [niveaux de] preuves est née à l’Université de McMaster dans l’Ontario (Canada) au début des années 1980. Ce fut d’abord une nouvelle méthode d’enseignement, différente des cours magistraux : la recherche de preuves était utilisée comme méthode de raisonnement et source d’information dans la formation des étudiants.
Puis, dans les années 1990, l’EBM est devenue une méthodologie pour les praticiens.
Aujourd’hui, l’EBM ne concerne plus seulement l’apprentissage de la médecine, mais également la pratique de la médecine en prenant en compte l’évaluation des pratiques médicales et de la qualité des soins. Elle concerne les domaines de la médecine, de la psychiatrie, de l’odontologie, de la pratique infirmière, la kinésithérapie, la santé publique...
Dans l’expression «Evidence based medicine», le terme «evidence» signifie preuve et non pas évidence.
Comme le décrit Sackett dans l’article du BMJ de 1996 : « La médecine fondée sur les preuves consiste à utiliser de manière rigoureuse, explicite et judicieuse les preuves actuelles les plus pertinentes lors de la prise de décisions concernant les soins à prodiguer à chaque patient.
Sa pratique implique que l’on conjugue l’expertise clinique individuelle avec les meilleures preuves cliniques externes obtenues actuellement par la recherche systématique. Par expertise clinique individuelle on entend la capacité et le jugement que chaque clinicien acquiert par son expérience et sa pratique clinique ».
Les preuves considérées comme de plus haut niveau sont issues d’études cliniques systématiques, par exemple les essais cliniques randomisés. L’EBM consiste donc à fonder les décisions cliniques sur les connaissances théoriques et sur les preuves scientifiques, tout en tenant compte des préférences des patients. En aucun cas cependant, ces preuves ne peuvent remplacer le jugement et l’expérience du médecin, ce qui explique que la médecine factuelle complète et remet en question la pratique médicale traditionnelle mais ne la remplace pas.
1. 3. Le paradigme EBM
L’EBM combine 3 éléments :
- Les preuves (les données de la recherche)
- La connaissance du médecin (l’expérience clinique)
- Le choix du patient (ses préférences)
En effet, l’EBM est fondée sur :
• les données de la recherche : le clinicien doit consulter la littérature scientifique originale pour résoudre les problèmes cliniques et proposer une prise en charge optimale au patient.
• l’expérience clinique: la connaissance du médecin, son expérience clinique doit se fonder sur une analyse systématique des observations cliniques, de manière reproductible et non biaisée, en évitant toute interprétation intuitive de l’information.
• les préférences du patient et de son entourage.
La décision médicale se prend en prenant en compte ces trois paramètres.
2. Critiques et limites de l’EBM
Les deux principales objections faites à l’EBM invoquent
- le fait que dans de nombreux cas, les preuves sont absentes
- et qu’il est aussi difficile d’appliquer à un patient précis les conclusions d’une étude générale.
C'est pourquoi, il est important de séparer l'EBM au niveau institutionnel et santé publique et l'EBM pour la décision clinique individuelle.
Il existe ainsi un manque d’études et de données scientifiques, et donc de preuves, pour un certain nombre d’actes cliniques ou d’études non représentatives des malades auxquelles elles prétendent s’appliquer. Ainsi « ce qui est blanc ou noir dans une revue scientifique peut rapidement devenir gris dans la pratique clinique» : c’est ce que Naylor a défini comme les «Grey zones» (cf. Naylor C.D., Grey zones of clinical practice : some limits to evidence-based medicine, Lancet, 1995, 345(8953), 840-2
Une absence de preuve d’efficacité d’un traitement ne prouve pas forcément l’inefficacité de ce traitement, surtout pour un patient donné.
Certains soins pour lesquels des preuves sont inexistantes peuvent ainsi être, à tort, qualifiés de «prouvés non efficaces».
Cette approche factuelle, «probante», de la pathologie et du traitement s’appuie sur des modèles statistiques où la pathologie n’est pas envisagée du point de vue de l’individu, mais du point de vue d’un groupe, d’une population. Les preuves collectées proviennent presque exclusivement d’essais contrôlés randomisés et de méta-analyses.
Biais dans les études
• Les sponsors conçoivent les essais cliniques randomises (ECR / RCT) afin d’obtenir des résultats positifs
• De nombreux ECR / RCT excluent de nombreux patients, comme les enfants, les femmes enceintes, des patients avec des comorbidités, les personnes âgées
Les résultats de ces essais cliniques randomisés et de ces méta-analyses démontrent l’efficacité comparée d’un traitement pour un patient randomisé «moyen» ou «standard».
Ce patient standard ne ressemble pas forcément au patient réel que l’on voit en pratique clinique, en particulier les patients souffrant de polypathologies. En effet, les essais cliniques randomisés (ECR), l’outil méthodologique principal de l’EBM sont insensibles aux données contextuelles se rapportant à l’individualité des patients.
Recherche clinique / versus l’individualité des patients
• Souvent les patients inclus dans les ECR / RCT diffèrent des patients vus dans la pratique quotidienne
• L’EBM accorde plus d’importance au soin des populations qu’aux individus
• Les résultats statistiques sont focalisés sur les résultats de grands groupes de patients
Ces essais cliniques ne reflètent pas non plus les événements importants qui se produisent après randomisation et entraînent une modification du traitement.
Les informations valides et exactes aujourd’hui ne seront pas forcément valables demain, ce qui pose la question de la mise à jour de ces preuves et de l’intégration de l’innovation et de la découverte.
Enfin, cette méthodologie des preuves rencontre deux autres limites : le fait que les données publiées pour une même thérapie privilégient le traitement à la prévention et que l’information concernant les essais randomisés n’est pas toujours disponible en ce qui concerne l’étiologie, le pronostic et le diagnostic.
La recherche de données probantes ne doit donc pas remplacer la capacité de jugement du médecin ou de l’équipe soignante, et ceux-ci doivent relativiser les protocoles d’action clinique par une prise en compte contextualisée du patient.
C’est pourquoi la méthodologie de l’EBM doit intégrer ces objections et inclure une dimension critique dans son projet.
«D’une argumentation basée sur des preuves hiérarchisées vers une argumentation sur des preuves adaptées. Feinstein et al. AmJMed. 1997 103(-6), 529-535
Une argumentation basée sur des preuves hiérarchisées est à la base de la démarche systématique de l’EBM quand il s’agit d’évaluer si une intervention précise apporte ou non un bénéfice en termes de santé. L’étude randomisée contrôlée est avancée comme gold standard. Son protocole de recherche, son analyse statistique des résultats, sa structure de rapport, avec l’anglais comme support linguistique, offrent une grande standardisation permettant une diffusion internationale rapide et une implantation éventuelle des résultats
Ce type de protocole a apporté au médecin une aide inégalée dans sa pratique clinique. Notre démarche actuelle pour aborder des affections fréquentes en cardiologie, en pneumologie, en infectiologie et en oncologie serait inconcevable sans l’aide de RCTs de bonne qualité. Toutes les formes de soins ne se prêtent cependant pas à cette méthode de recherche. Ces limites peuvent être de nature méthodologique, financière, culturelle comme éthique et forcent les chercheurs à se rabattre sur des protocoles d’étude situés plus bas sur l’échelle hiérarchique des niveaux de preuves sans pour autant être des études moins importantes. Les exemples sont légion dans ce domaine : interventions chirurgicales, maladies très rares, différences trop importantes entre les groupes de patients ne permettant pas d’obtenir des résultats univoques, interventions préventives nécessitant l’inclusion d’échantillons numériquement fort importants de patients et des années pour mettre en lumière un bénéfice au point de vue santé.
Dans plusieurs domaines, certainement en première ligne de soins, il n’y a pas ou peu de données d’études disponibles et il faut faire appel aux meilleures preuves disponibles, extrapolations sur base de considérations physiologiques ou consensus professionnel.
Menace, dans ce cas, le piège d’une différence devenue impossible à faire entre «absence de preuve d’efficacité» et «preuve d’absence d’efficacité».
Certains soins pour lesquels des preuves sont inexistantes peuvent être, à tort, qualifiés de «prouvés non efficaces». Certaines formes de dispensation d’aide consistant essentiellement en soins, tels les soins palliatifs ou les soins aux personnes très âgées, ne peuvent être évaluées que dans des études qualitatives de données narratives. Ce serait une perte importante que de ne pas prendre en considération l’attention, l’implication, le soin et le temps investi en l’absence de preuve forte d’efficacité. Une preuve forte est un argument fascinant, mais se limiter à ce qui est nécessaire parce que prouvé est un appauvrissement inhumain du champ des soins de santé ».

QU’EST-CE QUE LA MÉDECINE ?
« La vie est courte, l’Art est long à apprendre, l’occasion d’agir fugitive, l’expérience trompeuse, le jugement difficile». Cette maxime hippocratique, assez pessimiste et bien éloignée de tout espoir de certitude, devrait dissuader tout candidat aux études médicales ! Et pourtant, des foules se pressent aux portes des facultés. Sans doute parce qu’elles donnent l’espoir d’associer savoir et humanisme.
La première motivation (ce fut la mienne et celle de tous mes amis de l’époque) est humaniste : l’envie de soigner et de guérir.
Bien évidemment, cet humanisme, pour être efficace, requiert un apprentissage technique important, auquel est consacré une dizaine d’années d’études après le bac, et qui, de fait, se prolonge tout au long de la vie au fil des découvertes scientifiques et de la formation continue.
Cet apprentissage technique est tout à fait passionnant, au point qu’il risque de prendre la première place.
Mais le phare de départ ne doit pas s’éteindre. Toute cette technique est ordonnée au malade. Et celui-ci réclame de son médecin non seulement pertinence, mais aussi empathie.
- pertinence : nous en reparlerons dans le chapitre consacré aux relations entre science et homéopathie.
- empathie (littéralement : partage de la souffrance). Lorsque la thérapeutique était très peu efficace, c’est elle qui prenait le devant de la scène ; le médecin partageait avec le religieux le rôle majeur de consolation des affligés. Aujourd’hui, l’intervention médicamenteuse ou chirurgicale active semble la rendre superflue. Sur la foi de récents sondages, il semble qu’elle fasse défaut chez nos jeunes consœurs et confrères.
Il faut dire que l’enseignement qui leur est dispensé, à base de sciences dures et de statistiques qui ne voient dans l’individu que les éléments d’un troupeau, n’est pas fait pour développer les relations interpersonnelles entre le malade et son médecin.
Et ce ne sont pas les cours de psychologie qui peuvent améliorer les choses. Bien que non dénué d’intérêt, eux aussi restent dans les généralités et se veulent « scientifiques », au sens universaliste et cependant bien étroit du terme.
Et pourtant !
Nul besoin de « science » pour tenir la main d’un malade. Pour ressentir dans son regard, dans ses gestes, dans le son de sa voix, ses inquiétudes, ses désirs. Il suffit de regarder et écouter. Encore faut-il en avoir envie.
Certes, le paternalisme ancien n’a plus cours, et c’est heureux. Mais il est des cas où il ne faut toucher à la vérité que d’une main tremblante. Est-il vraiment besoin, sous prétexte d’information totale et transparente, d’asséner brutalement au patient un diagnostic désespérant, comme je l’ai vu faire récemment dans mon entourage personnel ? J’en veux beaucoup à ces savants mais bien peu humains confrères.
¦ Et l’économie dans tout cela ?
La recherche demande de l’argent, et le financeur, public ou privé, espère bien naturellement un retour sur son investissement.
Des médicaments de plus en plus puissants sont inventés, efficaces dans des maladies graves, éventuellement mortelles sans eux. Mais les patients qui en souffrent ne sont pas assez nombreux pour couvrir les frais de recherche et de production. À moins d’en fixer les prix à des niveaux intolérables pour les malades et la collectivité, il est tentant de pousser à l’élargissement de leurs indications. Il suffit parfois qu’une « conférence de consensus » baisse un peu les normes biologiques, dont le dépassement déclenchera quasi-mécaniquement la prescription. Un point de tension artérielle, quelques centigrammes de cholestérol, et voici institué un traitement… à vie !
De façon plus générale, la lutte contre les conflits d’intérêt n’est pas encore à la hauteur de ce qu’elle devrait être.
Il ne s’agit pas ici de complotisme, mais de réalité quotidienne que reconnaîtra tout professionnel averti.

QU’EST-CE QUE L’HOMÉOPATHIE ?
Les principes de l’Homéopathie sont certes connus de tous. Au reste, celles et ceux qui le souhaiteraient pourraient aisément les retrouver dans mon petit ouvrage « Initiation à l’Homéopathie. Introduction aux bases et à la pratique ».
Cependant, à partir de la base commune constituée par la similitude, l’individualisation, la conception post-hahnemannienne de l’histoire naturelle des pathologies (les diathèses) et l’utilisation habituelle de petites doses médicamenteuses, les pratiques sont multiples, et quelques ambigüités et contresens empoisonnent le débat.
¦ Des pratiques multiples
Existent en effet, dans le désordre :
- les unicistes, les pluralistes, les complexistes
- les hauts et les bas-dilutionnistes
- les matérialistes (type Conan-Mériadec) et les spiritualiste (type Kaïci)
- les « allo-homéopathes », qui prescrivent selon la nosologie (trauma = Arnica, piqûre d’insecte = Apis, arthrose = Rhus tox., etc.)
- les simplificateurs (l’Homéopathie en 20 médicaments) et les pointilleux de la symptomatologie
- les scientifiques qui veulent convaincre et s’inscrire dans le grand courant de la biologie officielle (et éventuellement eux-mêmes dans les organigrammes universitaires), et les empiristes qui veulent simplement soigner et éventuellement guérir
- les négligents des diathèses et les sourcilleux de la miasmatique
Il est loisible de trouver d’autres groupes, sans compter les innombrables nuances de chacun.
Bref on peut constater dans les faits comme dans les écrits, qu’il y a autant d’homéopathies que de praticiens, d’autant que chacun de nous fonctionne souvent de manière très variable, au gré de ce qui lui paraît le plus pertinent.
Il est clair qu’un médecin classique, formaté par dix ans d’études et de concours plus proches de l’ingénierie que de l’art médical dans son incertaine complexité, ne risque pas d’y comprendre grand-chose. Pour elle, pour lui, comme pour tout(e) ingénieur(e) normalement constitué(e), il ne s’agit là que d’un fatras incompréhensible. Au bout du bout, l’insulte et la violence sont filles de l’ignorance.
¦ Quelques ambigüités et contresens institutionnalisés et ravageurs
? LE « MEDICAMENT HOMEOPATHIQUE »
Un désir légitime de rationalisation a poussé le législateur à intervenir dans la pratique de l’industrie pharmaceutique (à la demande et à la satisfaction de celle-ci d’ailleurs). C’est ainsi qu’il a défini le « médicament homéopathique » dans les termes suivants :
« Tout médicament obtenu à partir de substances appelées souches homéopathiques, selon un procédé de fabrication homéopathique décrit par la pharmacopée européenne, la pharmacopée française ou, à défaut, par les pharmacopées utilisées de façon officielle dans un autre État membre de l’Union européenne. Un médicament homéopathique peut aussi contenir plusieurs principes. » Art L. 5121-1 11° du Code de Santé publique.
htpps://solidarite-santé.gouv.fr/soins et maladies/medicaments/le-circuit-des-medicaments/les-medicaments-homeopathiques
Mais c’est là qu’est le contresens !
Un produit, quel qu’il soit, à quelque dose qu’il soit, ne saurait être homéopathique en soi : il n’est, il ne devient qu’homéopathique à un malade présentant la symptomatologie qui correspond à sa pathogénésie.
Quand on voit une réclame présentant une Teinture-Mère comme un « médicament homéopathique », on croit rêver ! C’est parfaitement légal, et non moins parfaitement regrettable !
Il serait beaucoup plus convenable de parler de médicament à usage homéopathique : tout en conservant la notion de bonnes pratiques de fabrication, cela redonnerait au prescripteur la légitimité de son ordonnance.
? LE « MEDECIN HOMEOPATHE »
Cette formulation me paraît mal venue, pour autant qu’elle risque d’enfermer le praticien, aux yeux du public et de ses confrères, dans ce qui ressemblerait une spécialité. Ce serait une grave erreur parce que :
- il existe des qualifications officielles de compétents et spécialistes, centrées sur des appareils particuliers, ou de médecine générale
- généralistes comme spécialistes sont susceptibles de pratiquer l’homéopathie dans le cadre de leur qualification
- les praticiens utilisant habituellement l’homéopathie ne sont pas – heureusement – tenus de s’y limiter.
Il serait préférable de parler de « médecins consultants en homéopathie » ou « formés en homéopathie » ou « instruits en homéopathie », ou toute autre formule à trouver qui dirait que le praticien est médecin comme ses confrères, mais qu’il possède en plus des connaissances cliniques et thérapeutique que ceux-ci n’ont pas.
¦ Mais l’homéopathie n’a pas à se soumettre à l’air du temps
Ceux qui la pratiquent doivent oser parler son langage. Oser parler de diathèses, de pathogénésies, de similitude.
Renonçant – pour le moment – à leur donner un contenu physico-chimique précis, ils doivent affirmer les données de leur expérience clinique.
Ils ne doivent pas hurler avec les loups, et surtout pas avec ceux qui veulent les dévorer ! On s’attriste à lire sous la plume d’une personnalité éminente du monde homéopathique des phrases comme celles-ci :
– « l’homéopathie est en fait une méthode pharmacologique, et non pas thérapeutique ». A quoi sert-elle donc, si ce n’est à soigner, et souvent mieux que les produits des pharmacologues ?
– « on exige de nous (qui “on” ?) de remettre en question les zones d’ombre [de l’homéopathie] ». Mais sur quels critères, si ce n’est justement sur ceux qui ne lui sont pas aujourd’hui pertinents... et qui demain, du reste, ne seront sans doute pas ceux qui font aujourd’hui le « consensus scientifique » ?
– « cette nouvelle espèce de médecins de l’ère moderne, les médecins « allo-homéopathes ». Si c’est pour choisir, au cas par cas, malade par malade, le ou les meilleurs éléments d’un système d’armes thérapeutiques, cela tombe sous le sens. Mais s’il s’agit de faire ce choix « pour chaque pathologie ou domaine pathologique », alors c’est la négation même de l’homéopathie pour qui le diagnostic, une fois fait pour d’évidentes raisons, n’a plus guère d’intérêt pour la prescription.
Et tout cela pour être “reconnus” ! Mais, si “reconnaissance” il doit y avoir, il est clair que celle des patients est plus importante que celle des collègues !

PLACE DE L’HOMÉOPATHIE DANS LA SCIENCE ET LA MÉDECINE
Reprenons les reproches faits à l’homéopathie au début de ce texte.
¦ L’homéopathie serait sans base scientifique validée
Nous avons vu que figer la science dans l’actualité des connaissances est à l’opposé de l’esprit scientifique, qui est au contraire ouvert à toutes les évolutions. Reprenons donc les principaux éléments de la méthode.
? LA SIMILITUDE
Cette « loi » empirique dit que toute substance qui, administrée à un sujet en bonne santé apparente, développe en lui un ensemble de symptômes, est capable de guérir le même ensemble de symptômes présenté par un malade sous des influences diverses.
Sa découverte est en fait très ancienne. On la connaît (et donc l’homéopathie existe) depuis que la médecine a commencé à devenir une science, puisque Hippocrate, le premier, a vu que la cantharide, qui provoque un syndrome d’irritation urinaire, était capable de guérir certaines cystites communes (et l’on notera que 2.000 ans plus tard, Cantharis a la même et fidèle action si la symptomatologie lui correspond). Ce n’est donc pas d’hier qu’est né l’adage « Similia similibus curentur » : les semblables sont guéris par les semblables.

? LES PETITES DOSES ET L’HORMESE
L’hormèse est un principe physiologique connu depuis longtemps. Résumé par Paracelse dans l’adage « c’est la dose qui fait le poison », il indique que l’action d’un toxique peut avoir des effets opposés selon la dose à laquelle il est administré. Et non pas, comme on le dit trop souvent, que la toxicité est linéairement corrélée à la dose.
On le retrouve dans la « loi » d’Arndt-Schultz, qui dit que « pour toute substance, de faibles doses stimulent, des doses modérées inhibent, des doses trop fortes tuent. »
Citons pour l’anecdote Wikipedia : « Le soutien de Arndt en faveur de l’homéopathie contribua à discréditer cette loi entre les années 1920 et 1930, et elle n'est plus reconnue comme valide pour toutes substances ». C’est-à-dire que, sous prétexte qu’elle pouvait conforter l’homéopathie, on a rejeté une loi d’assez générale application. Bel exemple de ce sectarisme déplorable, qui ne date donc pas d’hier !
Cela dit, il faut rappeler deux notions fondamentales :
1. La toxicité n’est que la résultante de la dialogique entre un produit éventuellement toxique et un organisme récepteur éventuellement sensible. On retrouve ici la notion homéopathique de « type sensible ».
2. L’action homéopathique n’exige pas toujours l’utilisation de doses infinitésimales. Hahnemann a commencé avec des doses pondérales, et aujourd’hui encore des résultats souvent brillants (surtout dans les syndromes aigus) sont obtenus avec des basses dilutions, voire des teintures-mères.
? LA CONCEPTION HOMEOPATHIQUE DE L’HISTOIRE NATURELLE DES MALADIES
Cette notion de « terrain homéopathique » est sans doute celle qui a le plus évolué depuis que Hahnemann en a décrit les principaux éléments cliniques, et fut amené à penser qu’au-delà de la cause apparente et ponctuelle de chaque épisode pathologique, il y avait une cause profonde et beaucoup plus générale responsable de toute l’histoire de la maladie, aussi bien de ses manifestations actuelles que de toutes celles qui les ont précédées.
On n’entrera dans cette histoire que par un interrogatoire et un examen minutieux du sujet. Mais il est clair que pour qui ne possède pas la grille de lecture homéopathique de cette anamnèse personnelle et familiale, cela ne débouchera sur aucune décision thérapeutique.
En clinique classique, on a vu sourdre parfois quelques lueurs sur ce sujet. La plus connue est celle qui relie eczéma et douleurs rhumatismales, parfois associées, plus souvent alternées. Ces lueurs sont aujourd’hui éteintes : dans ce cas, tout le monde à la cortisone ! Certes parfois nécessaire, mais aussi souvent bien excessive, et non dénuée d’effets secondaires.
¦ L’homéopathie ne répondrait pas aux exigences de l’evidence based medicine
Ce sont plutôt ses détracteurs qui amputent l’EBM de deux de ses éléments constitutifs essentiels ! Ils considèrent que les essais cliniques en double aveugle contre placebo sont le Graal de la scientificité, mais rappelons-leur que les deux autres volets de la médecine fondée sur les preuves sont l’expérience clinique et la demande du malade et de son entourage.
? L’EXPERIENCE CLINIQUE. Depuis 200 ans, des millions de malades et de praticiens ont validé l’homéopathie quand elle est appliquée selon ses règles.
On notera que cette approbation est encore massive aujourd’hui, ainsi que le montre un tout récent sondage Odoxa (voir les détails sur http://www.odoxa.fr/sondage/homeopathie-autres-medecines-alternatives-complementaires-patients-medecins-a-front-renverse/) :
- 72 % des Français (et 33 % des médecins) considèrent que l’homéopathie est porteuse de bienfaits pour la santé
- 51 % des médecins l’ont recommandée, même si certains ne lui reconnaissent qu’un effet placebo
- 12 % des professionnels de santé recommandent régulièrement l’homéopathie à leurs patients, et 23 % de temps en temps, soit un total de 35 %, dont 28 % de médecins.
? LA DEMANDE DU MALADE. Selon le même sondage, 19 % des Français utilisent régulièrement l’homéopathie, 33 % de temps en temps, soit 52 % au total
À qui fera-t-on croire que tout ce monde est victime d’une illusion collective, et depuis si longtemps ?
Renvoyons donc les thuriféraires très sélectifs de l’EBM à une lecture plus honnête de son tutoriel officiel :
- « il est important de séparer l'EBM au niveau institutionnel et santé publique et l'EBM pour la décision clinique individuelle »
- « une absence de preuve d’efficacité d’un traitement ne prouve pas forcément l’inefficacité de ce traitement, surtout pour un patient donné. »
« certains soins pour lesquels des preuves sont inexistantes peuvent ainsi être, à tort, qualifiés de «prouvés non efficaces».
« une preuve forte est un argument fascinant, mais se limiter à ce qui est nécessaire parce que prouvé est un appauvrissement inhumain du champ des soins de santé »
- « cette approche factuelle, « probante », de la pathologie et du traitement s’appuie sur des modèles statistiques où la pathologie n’est pas envisagée du point de vue de l’individu, mais du point de vue d’un groupe, d’une population.
« la recherche de données probantes ne doit donc pas remplacer la capacité de jugement du médecin ou de l’équipe soignante, et ceux-ci doivent relativiser les protocoles d’action clinique par une prise en compte contextualisée du patient. »
Et c’est justement ce que fait l’homéopathie, médecine individuelle par définition !
¦ L’homéopathie utilise des médicaments sans base pharmacologique, et n’a donc qu’un effet placebo
S’il avait fallu – et s’il fallait encore – attendre de connaître dans les détails les processus métaboliques suivis par tous les médicaments conventionnels, la pharmacopée serait singulièrement réduite.
S’il avait fallu par exemple attendre de savoir que l’acide acétylsalicylique inhibe la cyclo-oxygénase, enzyme responsable de l’endo-peroxydation de l’acide arachidonique donnant naissance à certains leucotriènes et thromboxanes pro-inflammatoires et agrégants plaquettaires, on n’aurait jamais utilisé l’écorce de saule pour soulager des centaines de générations de malades douloureux et fébriles !
Plutôt que de nier l’existence d’un phénomène parce que l’on en ignore l’explication ultime, mieux vaudrait chercher cette explication et, en attendant de la connaître, utiliser le phénomène empiriquement s’il s’avère bénéfique.
? TOUT NE SE RESUME PAS A LA PHARMACOCINETIQUE
Si je vous donne un comprimé d’aspirine, je sais à peu près ce qu’il advient, et comment (cf. ci-dessus).
Mais si je vous donne, disons un coup de bâton, je déclenche en vous toute une cascade inextricablement complexe de réactions physiologiques et psychiques.
Et ces réactions sont personnalisées. Non seulement les ressentis douloureux et l’importance de l’hématome sont variables, mais certaines victimes fuiront, d’autres feront face ; les unes rumineront leur humiliation, d’autres méditeront leur vengeance ; certaines en riront, d’autres déprimeront ; et qui sait si d’aucunes n’y trouveront pas quelque plaisir…
On reconnaît bien ici la pertinence de la démarche homéopathique, fondamentalement individualisée.

? VOUS AVEZ DIT : « PLACEBO » ?
Il n’y a pas une seule intervention thérapeutique (même chirurgicale) qui ne comporte une part de subjectivité dans la relation entre le soignant et le soigné.
Que la longueur de la consultation, la minutie de l’interrogatoire et de l’examen, rendent cette relation plus étroite lors de l’échange homéopathique que dans une prestation stéréotypée, paraît évident.
Mais rien n’empêcherait un médecin conventionnel de faire jouer cet effet. On pourrait même lui reprocher de ne pas le faire, car cela fait partie du métier. Encore faudrait-il qu’il (elle) en ait la compétence et l’envie (cf. supra la section sur la médecine).
Ira-t-on dire aussi aux éleveurs homéopathisants d’animaux de rente (veaux, vaches, cochons, couvées) et aux vétérinaires qui les conseillent, qu’ils sont, eux et leurs bêtes, le jouet d’illusions plaisantes ? La réponse est – bêtement – dans la comptabilité des exploitations.
? LES DOSES
Le grand cheval de bataille des détracteurs de l’homéopathie est de dire que ses médicaments ne contiennent plus rien. Voire.
1. Dans les dilutions inférieures ou égales à la neuvième centésimale hahnemannienne (9 CH), il reste des traces de la souche. Le problème dépasse alors de beaucoup l’homéopathie : c’est celui de l’action, positive ou délétère, de tous les produits simples ou composés présents dans l’environnement à des doses très faibles. C’est aujourd’hui une branche majeure de la toxicologie chronique, comportant des enjeux sanitaires, sociaux et réglementaires considérables. Ce sont souvent les mêmes personnages qui combattent l’homéopathie et affirment l’innocuité des résidus de pesticides.
2. Dans les dilutions supérieures, on peut penser a priori que, si l’homogénéisation a été correcte, il ne reste en effet plus rien.
La question posée en fait est donc : que se passe-t-il vraiment au cours de la préparation des médicaments à usage homéopathique ?
Nombre d’hypothèses ont déjà été avancées, appuyées sur des travaux des plus sérieux. Il est dommage que ces études restent encore confidentielles, mais beaucoup de leurs auteurs ont été échaudés par l’affaire de la « mémoire de l’eau ».
Si celle-ci a pu être – et est encore – si dévastatrice, c’est parce qu’elle a pris un mauvais départ. Il aurait sans doute fallu, outre présenter des résultats expérimentaux inattaquables et reproductibles, les accompagner d’une grande prudence d’interprétation. Plutôt que d’affirmer un processus (l’eau garde la mémoire du soluté, au-delà d’Avogadro), dire – et y insister – que « tout se passe comme si » le milieu aqueux, de structure tellement complexe qu’elle est aujourd’hui encore mal connue, et au demeurant soumise à variations, était durablement modifié par des dilutions et des « dynamisations » successives.
Car c’est dans cette partie de la préparation des médicaments qu’il faut peut-être chercher un début d’élucidation du mystère.
Lorsque Hahnemann a redécouvert et systématisé l’homéopathie, il a bien évidemment commencé ses cures avec des produits à doses pondérales. Mais, pour échapper aux risques de toxicité, il lui a bien fallu diminuer la posologie. C’est alors qu’il s’est aperçu que s’il secouait très violemment ses flacons par des chocs brutaux sur un plan dur, les résultats thérapeutiques étaient bien meilleurs. C’est pourquoi ce procédé a reçu le nom imagé de « dynamisation », qui est encore utilisé.
Que devient l’énergie apportée par ces chocs ? Produit-elle seulement de la chaleur, ou une partie au moins en est-elle utilisée pour, justement, modifier l’agencement moléculaire du solvant ? Nul ne le sait à ce jour, mais l’hypothèse mérite d’être creusée.

¦ L’homéopathie serait dangereuse par défaut
Son utilisation en substitution de traitements conventionnels risquerait de faire perdre au malade des chances de guérison.
Les éventuelles pertes de chance sont le fait du praticien responsable d’un mauvais diagnostic et d’une mauvaise prescription, non de la méthode employée. C’est regrettable à dire, mais il y a des incompétents et des imbéciles partout ! Y compris chez les homéopathisants, hélas ! Mais pas que.
¦ Rappelons aussi que l’homéopathie n’a jamais tué personne
Par contre, on ne compte plus les victimes, directes ou collatérales, de l’application irréfléchie de traitements soutenus par les plus hautes sommités officielles.
Parmi les molécules les plus médiatisées, chacun se rappelle les drames de la thalidomide, du diéthylstilbestrol, du triparanol, de la dexfenfluramine, du benfluorex, du rofécoxib, etc. Aujourd’hui sont sur la sellette : la cyprotérone (associé ou non à l’éthinylestradiol), le nomégestrol, la chlormadinone, le finastéride, les rétinoïdes, le valproate, la cimétidine, la méphénésine…, sans oublier le traitement hormonal de la ménopause, et le « traitement probabiliste » des épisodes infectieux bénins, qui s’est traduit par une débauche insensée d’antibiotiques.
Les professionnels de santé ont encore en mémoire les innombrables produits qui sont passés comme des météores dans le firmament thérapeutique avant de s’effondrer sous le poids de leurs effets secondaires entraînant finalement leur interdiction. Et combien d’autres ont disparu discrètement, pour cause au mieux d’inefficacité, au pire de dangerosité.
De 2013 à 2017, plus de 12.000 signalements d’erreurs médicamenteuses ont été enregistrés par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), dont 60 % ont entraîné des effets indésirables, dont la moitié considérés comme graves (JIM TV). Et ce n’est évidemment là que la partie émergée de l’iceberg, tant est important le phénomène de sous-déclaration.
La iatrogénie médicamenteuse serait impliquée dans 6,5 % des admissions hospitalières, 9 % des séjours hospitaliers, 15 % des admissions en réanimation (Aveizet et al. J. de Pharmacologie clinique ; 37 ; 2 ; juin 2018). Selon Wehrle-Willer et Leveque, de Strasbourg, elle entraînerait 140.000 hospitalisations par an, 13.000 décès avérés, et coûterait 320 millions d’euros.
Et que dire de la mise à disposition du public, directe ou pour le moins facile, de médicaments puissants, certes bénéfiques dans des situations extrêmes, mais catastrophiques en dehors d’elles. On pense aux opioïdes, vraie drame sanitaire aux USA et qui pointe chez nous, mais aussi à des anti-inflammatoires non stéroïdiens ou des inhibiteurs de la pompe à protons utilisés larga manu sans grand souci ni même connaissance des possibles effets adverses à long terme. La liste noire de la revue Prescrire, qui épingle les médicaments plus dangereux qu’utiles, ne cesse de s’allonger.
Incidemment, quelles sommes faramineuses ont-elles été ainsi gaspillées ? Sans aucun doute infiniment plus importantes que celles entraînées par le remboursement des produits à usage homéopathique.
Au total, ces drames et ces dérives ne doivent évidemment pas occulter les succès parfois brillants de la thérapeutique conventionnelle dans certains domaines.
Mais ils devraient pour le moins inciter nos diffamateurs à moins d’arrogance, et à plus de modestie, de prudence et d’ouverture d’esprit.

CONCLUSION : UNE MÉDECINE A DEUX VISAGES
Pratiquons donc une médecine raisonnée et raisonnable. Pour cela, soyons “bilingues”. La fréquentation assidue des deux types de pensée, académique et homéopathique, conduit non à les fondre en un syncrétisme irréaliste et réducteur, sorte de volapuk intellectuel aboutissant à des ordonnances salmigondiques, mais à donner à chacune, dans un bilinguisme pertinent, la totalité de sa place. C’est dans cet esprit que P. Joannon avait fondé l’”Etisme”, mouvement de pensée né de la conjonction “et”, le “ET” de l’éclectique contre le “RIEN QUE” du sectaire.
Chacune à sa place, souvent l’une à côté de l’autre et la soutenant, les deux approches peuvent et doivent se développer. À nous de respecter et de faire respecter leurs légitimités complémentaires. D’autant que progrès des connaissances et réflexion nous permettront sans doute de les réunir quelque jour sous des lois que nous ne connaissons pas encore.
Permettez-moi, dans cette optique, de vous renvoyer à la petite parabole de la Voiture et du Cheval, proposée dans l'éditorial du premier site d’Iprédis en avril 2000.
1. Tous deux concourent au même but : le transport, comme les différentes approches thérapeutiques concourent à la guérison
2. Le fonctionnement du moteur à explosion est, à l’évidence, très différent de la physiologie du mammifère
3. Chacun d’eux est bien adapté à un domaine d’action : la Voiture est championne sur l’autoroute, et le Cheval est le roi des petits chemins
4. Chacun est exclu du domaine privilégié de l’autre : le Cheval est interdit d’autoroute, et la Voiture doit renoncer aux sentiers de montagne
5. Ils peuvent par contre cohabiter sur les voies intermédiaires, chacun avec son avantage particulier: la Voiture y permet d’aller vite, et le Cheval d’être au contact et au rythme de la nature
6. Ils sont parfois complémentaires : en cas de besoin, la Voiture peut transporter le Cheval... et le Cheval désembourber la Voiture
7. Et si l’on se donne la peine d’aller un peu au fond des choses, on voit que le point 2 ci-dessus n’est pas si absolu qu’il y paraît, et que les “évidences” sont bien trompeuses.
En effet, les lois de la thermodynamique sont les mêmes, qui commandent le moteur à explosion et la biochimie cellulaire.
Moralité : plutôt que de nous accabler d’opprobre et de fulminer des excommunications, tâchons à chercher sereinement ensemble, au-delà du visible immédiat et apparemment contradictoire, les fondements communs de nos diversités, car celles-ci marquent, en fin de compte, nos capacités complémentaires de répondre aux aspects différents du besoin de santé.



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Ecologie et santé
Les fondements écologiques de la santé
Soyons sérieux. C'est très abusivement que les discussions, manifestations et décisions concernant la Sécurité sociale sont habituellement groupées sous le terme de “politique de santé”. C'est en fait de politique des soins qu'il s'agit, c'est-à-dire de gestion de la maladie. Le “coût de la santé” est un non-sens : la santé n'a pas de prix, mais c'est la maladie qui est chère. Passant outre les fausses évidences et les battages publicitaires de tous ordres destinés avant tout à préserver des situations acquises et à maintenir un confort intellectuel propice à toutes les compromissions, nous devons prendre le débat par l'autre bout, le seul intéressant, celui de la santé, de ce qui la favorise et de ce qui la menace. D'après les spécialistes, 80 % des cancers sont liés à l'environnement. La seule alimentation semble responsable de 25 % des maladies cardio-vasculaires et de 20 % des cancers. Les accidents de la route font chaque année l'hécatombe que l'on sait. C'est sur ces facteurs et bien d'autres qu'il faut agir, faute de quoi la maladie sera bientôt le centre de notre vie et le moteur de notre économie, ce qui serait tout de même un comble !
Il apparait à la réflexion que les sources de santé – et de maladie – sont, dans notre environnement, au nombre de cinq: l'agriculture, l'alimentation, l'industrie, l'habitat et le travail. C'est donc à leur niveau qu'il faut intervenir, mais comme ils sont inter-corrélés de multiples manières, on ne peut les dissocier. Si bien que sur ces cinq piliers se construisent en vérité deux projets de société. L'un, qui a la faveur de nos technocrates passéistes et frileux, et surtout avides de pouvoir, consiste à poursuivre en l'aggravant l'évolution actuelle dont le redoutable bilan, particulièrement sanitaire, n'est hélas pas encore dressé, et l'autre qui tend non pas à revenir à un passé qui certes n'était pas d'or, mais à sélectionner et à utiliser enfin des techniques adaptées au meilleur équilibre de l'homme dans son milieu, ce qui est proprement la définition d'une politique écologique. Ainsi vont s'opposer point par point deux styles de vie.

Au niveau de l'agriculture
L'agro-industrie est basée sur l'augmentation des rendements bruts, avide de produits industriels (engrais, pesticides), hyper-mécanisée, grande consommatrice d'énergie et dévoreuse de surfaces, chassant de la terre de nombreux paysans et prolétarisant ceux qui restent. L'agrobiologie au contraire est soucieuse de la valeur hygiénique et nutritionnelle de sa production, attachée à la réalisation d'équilibres optimaux entre l'animal et le végétal et à la conservation de la qualité humique des sols, très économe de surfaces comme d'énergie, source de nombreux emplois.

Au niveau de l'alimentation
Les aliments d'aujourd'hui voient trop souvent leur valeur biologique diminuée aux différents stades de la chaîne de production, et contiennent de nombreuses nuisances, résidus et ajouts dont la signification toxicologique est très loin d'être éclaircie. Standardisée, monotone, habituellement déséquilibrée, et consommée dans des conditions qui souvent tiennent plus de la mangeoire que de la restauration, notre alimentation ne remplit pas ses trois devoirs : nourrir, réjouir et réunir. Il faut donc oeuvrer à l'inverse pour obtenir des denrées propres, de bonne valeur biologique, personnalisées et sapides, une ration rééquilibrée aux dépens des produits animaux, et pour favoriser une consommation plus conviviale.

Au niveau de l'industrie
L'industrialisation forcenée que nous connaissons et les concentrations qui en résultent se soldent par le gaspillage énergétique et humain, et la toute-puissance des multinationales. Il faut y mettre un frein par une décentralisation réelle des entreprises et une multiplication géographique des sources énergétiques, qui seules peuvent permettre une redistribution des pouvoirs à l'échelle humaine.

Au niveau de l'habitat
La concentration humaine a fait surgir les cités-dortoirs, l'ennui, les difficultés de transport, la fatigue. On vit mieux dans des agglomérations plus restreintes. On y parle à son voisin, et l'on peut même avoir son jardin à proximité !

Au niveau du travail enfin
Nous connaissons la chaîne, le travail lié, et finalement le chômage. Plus que d'une “politique de l'emploi” – de n'importe quel emploi où l'homme n'est individuellement que machine et collectivement que masse de manoeuvre – nous avons besoin d'une concertation privilégiant la définition des besoins et la recherche de l'aspect gratifiant, personnalisant, de l'activité de chacun. C'est ainsi tout l'ensemble de la vie, et donc la santé, qui vont dépendre du choix que l'on fera entre :
– d'un côté le gaspillage énergétique et la fuite en avant dans la folie nucléaire, l'exode rural et le déracinement, les transports interminables et l'omniprésence de la voiture, les nuisances de tous ordres, la sujétion généralisée – de l'autre de fantastiques économies d'énergie et la promotion massive des énergies douces renouvelables, la vie au pays, l'agriculture à temps partiel, le travail à proximité, où l'on peut aller en vélo ou en transports en commun de gestion très légère, l'air propre, l'eau pure, l'alimentation saine, la reconquête enfin de l'autonomie.
Ne nous leurrons pas : il ne s'agit pas là de vision “angélique”, mais d'un très dur combat à engager contre le passéisme, les idées reçues, les pouvoirs en place, et souvent nous mêmes. Mais il n'est que temps pour nous tous, et principalement pour les professions de santé, de prendre position sur ce choix de société. Faute de cette prise de conscience et de responsabilité, les vaticinations sur la “politique de santé” ne seront plus bientôt – avez-vous remarqué que cela déjà commence ? – qu'une méditation sur la mort.

Il n'est sans doute pas inutile de préciser que ce texte est paru dans « Le Courrier de la Baleine » de… nov.-déc. 1980. 35 ans après (décembre 2015), on voit hélas que l'écologie (étymologiquement “l'économie domestique de notre maison la Terre”) est complètement dévoyée dans des querelles passéistes. Hors quelques marginaux, elle n'intéresse plus personne Après nous, le déluge ! Et tant pis pour les générations suivantes.
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Vous y trouverez au fil du temps des informations, et des réflexions qui, je l'espère, alimenteront les vôtres.
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Dr Jean-Pierre Ruasse
P.S. Nous sommes désolés, mais, pour des raisons évidentes, nous ne répondrons à aucune demande de consultation médicale.
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